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Janvier veut ma peau!

18/01/2016 Nathalie Hébert

Janvier veut ma peau

En janvier, y a des journées comme ça où la vie veut ma peau.  En général, ça arrive quand j’ovule, quand il fait moins mille dehors et que je n’ai pratiquement pas dormi de la nuit.  Le cadran sonne.  J’ouvre les yeux sans les ouvrir, en grognant.

Tout a commencé quand le grille-pain a expulsé le dernier bagel de la maison.  Il n’en fallait pas plus pour que le plus jeune s’écrie qu’il en voulait un lui aussi et que j’aie la merveilleuse idée de couper celui-là en deux.

  • Non ! J’voulais pas un bagel coupé, moi!  J’aime pas ça quand c’est coupé comme ça!  C’est pas bon!
  • Ben voyons, ça goûte pareil!
  • NOOOOONNNNN!

Mauvais timing pour une crise.  Ce matin, j’ai la patience d’un nouveau-né qui a faim.  Je ne négocie pas.  Je tends la première moitié à sa soeur et j’enfourne la deuxième dans ma bouche sans un mot.   

  • Noooonnnn!  MANGE-PAS MON BAGEL!!!!

Et c’en était parti pour ma journée.  La crise a duré juste assez longtemps pour qu’il arrive en retard à l’école.

Étonnamment, l’après-midi s’est déroulé sans embûche. C’est à l’heure du souper que ça s’est à nouveau gâché, quand le téléphone a sonné.

  • Je suis en panne, faut que tu viennes me chercher.
  • Tu me niaises?
  • J’ai oublié mon portefeuille à la maison et je suis en panne d’essence.

Je jette un coup d’œil à l’horloge. 18h08.

  • Es-tu avec les enfants?  
  • Non, je suis en panne d’essence!
  • Câline, si tu ne pensais pas arriver à temps à la garderie, il fallait m’appeler avant!  La garderie est fermée depuis 8 minutes!  T’es où, là?

 

J’attrape mes clés, mes bottes et mon manteau et je me garoche dehors.  Au yable les mitaines, la tuque et le foulard, le temps presse!  Je déneige la voiture en vitesse avec mes mains tout en en essayant d’appeler l’école pour prévenir. En moins de deux, je suis sur la route.

18h20 - J'entre en trombe dans l'école, le visage et les mains rougies par le froid et m'excuse mille fois du retard aux deux dernières éducatrices qui ont déjà leurs bottes et leur manteau sur le dos.  Rapidement, je leur brosse un portrait de la situation ; le papa, la panne, le portefeuille pis tout.  Elles m’assurent qu’elles comprennent ; « Ce sont des choses qui arrivent! » Et me font signer la feuille d'amende à quatre piasses la minute.  Même en situation d’urgence, on ne s’en sauve pas.  

Dehors, je presse les enfants dans la voiture que j’ai stationnée toute croche dans le débarcadère de l’école. Attache un.  Attache l'autre. M'attache moi. Je ne sens déjà plus mes doigts tellement il fait froid. 

« Tout le monde est prêt? » J’enfonce la clé dans le contact.  Rien.  Rien d’autre que le cadran qui s’éteint et se rallume en affichant minuit.  Non, c’est pas vrai !  J'essaie encore.  La voiture chigne.  Y a de l’espoir!  J’insiste avec la clé, le pied planté sur le gaz.  

  • Awoueilllllleeee!!!  

Au même moment, les deux éducatrices sortent de l'école et s’immobilisent.  Je peux lire la consternation sur leur visage.  Elles s’approchent de la voiture et me demandent, atterrées  "Elle ne part pas?  Mon Dieu, vous êtes donc bien malchanceuse vous!" Malchanceuse ?  Le mot est faible. J'essaie mentalement de calculer les probabilités que nos deux voitures tombent en panne en même temps, dans deux villes différentes. Avoir eu un billet pour le Powerball la semaine dernière, je pense que je gagnais.

La plus âgée des deux me propose d'aller nous reconduire.  Je trouve cela sincèrement généreux et gentil, mais je refuse poliment et lui explique que j'ai le chien. Tsé LE chien!  Le petit Mira avec son foulard rouge qu’on aime à la folie, qu’on traîne partout depuis 4 mois et que j'ai laissé seul à lui-même quelques minutes dans l'auto comme une mère indigne le temps d’aller récupérer mes enfants à la course…Je ne me vois pas l'imposer dans sa voiture. Je suis peut être en panne, mais je sais vivre!   

L’espace de quelques minutes je suis totalement désemparée. Je ne sais pas quoi faire.  Lui en panne, moi aussi, et mes parents qui sont en Floride…On fait quoi?  "Les enfants!! On va marcher!"  On n'habite pas si loin, quand même!  "Habillez-vous!" Je me tourne vers eux.  Fiston n'a pas mis ses salopettes. Il fait moins vingt.  C’est pas parce que je risque de mourir d’une crise d’allergie sans mes mitaines, ma tuque et mon foulard qu’il faut qu’il gèle lui aussi!

 

Bon.  Je me permets une petite parenthèse ici pour vous expliquer quelque chose. Vous avez bien lu. Je suis allergique au froid. Ça se peut.  Aussi appelée « urticaire au froid », cette allergie touche 5 personnes sur 10 000 et se manifeste chaque fois que ma peau est en contact avec le froid.  C’est-à-dire tout le temps.   En général, la crise se manifeste sur mon visage ou les zones exposées, mais parfois, lorsque la température est très basse, les papules apparaissent partout sur mon corps.  Et si elles ne prennent que quelques minutes à apparaître, elles mettent plusieurs heures à disparaître. C’est de toute beauté. Fin de la parenthèse.

À contre-cœur, je déshabille Noah. J’enlève ses bottes, puis son manteau en essayant de faire ça vite.

  • Il est où ton gros chandail?
  • Dans mon sac.
  • Noah, c’est l’hiver, mon homme, faut que tu prennes l’habitude de t’habiller avant de sortir!  Les manches courtes, c’est pour l’été!

Je lui fais enfiler son chandail. Il grelotte.  L’auto n’a pas eu le temps de se réchauffer pendant le trajet et maintenant qu’elle est en panne, il ne faut plus y penser. Tournée vers l’arrière, à quatre pattes sur le siège du conducteur, j’essaie de lui enfiler ses salopettes.  Il se tient tout mou. Je m'énerve.

  • Noah!!!

Une fois que tout le monde (sauf moi) est bien habillé, je ramasse les sacs, ma sacoche et la laisse du chien et on sort de la voiture. Je referme la porte. Fort.

Le chien crie. Les enfants aussi. La queue de Fiona est coincée dans la porte et elle se tortille comme une crevette dans tous les sens en gémissant. Paniquée, j'essaie de retrouver les clés entre les sacs à dos, les sacs à lunch et le sac de gym que je transporte. J’ai les mains pleines de pouces. Viiiiiiiite!  Je réussis finalement à ouvrir la porte. Le chien en sort en un seul morceau mais refuse que je touche sa queue.  Pas de temps à perdre.  On évaluera les dommages plus tard.

On prend le chemin de la maison en se pressant tous les quatre. Le vent est terrible.  Les rues sont glacées.  En moins de deux, le chien se retrouve sur trois pattes. Noah, lui, tire de la patte.  On dirait qu'il fait exprès de ne pas marcher vite.  Nellie, ma fille, ne dit pas un mot.  Quant à moi, je regrette d’avoir apporté les sacs.  Ne pas les avoir eus, j’aurais pu cacher mes mains dans mes manches comme une ado. J’enfonce plutôt ma tête dans mon col et mon capuchon. Dieu qu’il fait froid !!

18h 50 – On arrive à la maison, complètement frigorifiés et on saute sur le téléphone, pour appeler le taxi. Notre papa est en panne depuis plus de 40 minutes sur l'autoroute et n'a pas de chauffage lui non plus.  Première tentative, la compagnie de taxi refuse d'aller lui porter de l'essence. On s’essaie avec une 2e, qui accepte finalement après de longues minutes de négociation. Je m’assois.  Pour la première fois depuis une heure, je souffle enfin un peu.  

  • Euh…  Maman?
  • Oui, Noah?
  • C’est parce que ta face est vraiment pas belle…  On dirait que t’as pleins de boutons…

 

Pour en savoir plus sur l’allergie au froid :

http://www.meteomedia.com/nouvelles/articles/etes-vous-allergique-au-froid/21222/

 

http://www.lapresse.ca/vivre/sante/201211/23/01-4597092-le-froid-qui-pique.php