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Jessica Aja Franco

12/03/2018 Isabelle Racicot

À cinq ans, elle a mis sur pied un kiosque de vente de limonade. À huit ans, elle vendait des bracelets. Et à dix-huit ans, elle possédait un commerce en ligne prospère. Maintenant âgée de vingt-deux ans, Jessica travaille avec son père, Edmundo Aja, Président de la chaîne hôtelière Hodelpa. Un jour, elle prendra le relai à la tête de l’entreprise familiale et on l’appellera Madame la Présidente! J’ai rencontré Jessica pendant mes vacances il y a quelques semaines dans son pays natal, la République dominicaine. Vous comprendrez rapidement pourquoi je pense qu’elle est vraiment inspirante!

Tu m’as dit que tu avais mis sur pied ton commerce en ligne à dix-huit ans, mais quel âge avais-tu quand tu as su que tu voulais être dans les affaires?

J’avais cinq ans et je voulais avoir mon propre kiosque de limonade. Mes parents étaient d’accord, alors j’ai commencé à vendre de la limonade dans un parc. Puis, à huit ans, j’ai osé confectionner mes propres bracelets. Ils étaient horribles, mais ma famille les achetait probablement par pitié (rires). Au même âge, j’ai mis sur pied un kiosque pour donner des massages pour un peso (cinq sous). Je pensais sans cesse à une nouvelle façon de gagner de l’argent.

Le plus drôle, c’est que je ne suis pas dépensière du tout. J’économise mon argent, j’ai un fonds de retraite, j’ai un régime d’épargne études. Ça m’obsède. Je pense que j’ai un problème… (rires)!

Vers dix-sept ou dix-huit ans, ma sœur et moi avons démarré notre entreprise de bijoux. Quelle bonne façon de mettre en pratique ce qu’on avait appris à l’école! Ma sœur est la créative et moi, je suis bonne avec les chiffres. On a commencé tout petit, en vendant des bijoux ici et là, à nos amis et aux amis de nos amis. On voyageait aux États-Unis et dans d’autres pays pour acheter des bijoux qu’on revendait chez nous, en République dominicaine. Ça prenait de plus en plus d’ampleur et c’est à ce moment que nous avons décidé de démarrer notre commerce en ligne (sur Instagram @tete.store).

Quand je suis partie étudier à l’étranger, ma préférence pour le secteur hôtelier est devenue évidente. J’ai donc vendu mes parts dans l’entreprise de bijoux à ma sœur pour me consacrer à temps plein à Hodelpa*, l’entreprise familiale dans laquelle je travaille avec mon père.

Qu’aimes-tu dans le fait de travailler dans le secteur hôtelier?

J’aime les gens, j’aime parler avec les clients. J’aime le fait que mon emploi consiste à rendre les gens heureux. Je sais que parfois, ils économisent pendant toute une année pour leurs vacances, donc je veux m’assurer qu’ils en profitent. J’adore voyager et quand je le fais, je veux qu’on prenne soin de moi. Ce n’est pas moi qui fais une fleur aux clients, c’est eux qui nous font une faveur en choisissant nos hôtels, notre pays, notre peuple. Ce que j’aime aussi de l’industrie touristique, c’est que notre travail a un impact sur plusieurs personnes. Sur les voyageurs, entre autres, mais aussi sur les personnes qui travaillent dans nos hôtels, leur famille, etc. On peut influencer indirectement la vie des gens qui nous fournissent les aliments, des travailleurs des compagnies qui construisent nos complexes touristiques, etc.

Saviez-vous qu’en République dominicaine, les femmes représentent 54 % de la main-d’œuvre du secteur hôtelier? J’en suis vraiment fière! Petit à petit, dans ce pays du tiers-monde, les femmes font plus d’efforts pour travailler et pour gagner leur vie. Ça les autonomise, ça leur permet de se tenir debout et de faire entendre leur voix pour dire qu’elles n’ont pas à rester avec un homme qui les traite mal (ce qui arrive souvent ici), puisqu’elles gagnent elles-mêmes de l’argent.

Maintenant, ce qu’on souhaite, c’est que plus de femmes siègeront à des comités exécutifs parce que pour l’instant, quand je me présente à des réunions, je vois seulement des hommes autour de la table.

Comment cette situation te fait-elle te sentir?

Je me sens inconfortable, surtout quand ils ne me prennent pas au sérieux à cause de mon âge ou de mon sexe. Je pense souvent : « Je ne suis pas jolie, je dis ce que je pense! » Quand je vois des femmes occuper des rangs élevés dans mon domaine, je suis très contente. J’ai l’impression que nous en verrons plus et qu’elles représenteront une plus grande diversité.

Avez-vous vécu le mouvement #moiaussi en République dominicaine?

Oui. En République dominicaine, il y a beaucoup de harcèlement, mais ce n’est pas considéré comme tel. En réalité, c’est bien vu qu’un homme agisse en macho en complimentant une femme de façon séduisante… mais moi, je déteste me faire appeler « ma chérie » pendant une réunion. Je réponds toujours : « Mon nom, ce n’est pas “ma chérie”, c’est Jessica. »

Penses-tu que les femmes vont prendre leur place de plus en plus?

Je pense que oui. Les femmes réclament de plus en plus d’avoir des droits égaux. Elles exigent d’être traitées comme les autres. Le fait que les femmes ont commencé à participer financièrement au revenu du foyer a provoqué un changement dans les mentalités.

Ton père espère que tu reprendras l’entreprise familiale. Comment te sens-tu par rapport à son souhait?

Nous sommes quatre enfants dans la famille et je suis la seule qui travaille avec mon père. Au début, je refusais de travailler avec lui parce que je ne voulais pas que les gens me perçoivent comme « la petite fille à papa ». Je voulais faire mon propre chemin, mais j’ai ensuite compris que c’était stupide. J’ai l’immense chance de travailler avec un homme d’affaires talentueux et d’apprendre auprès de lui. Je travaille très fort et j’ai confiance qu’un jour, je reprendrai l’entreprise. Mon père ne me met aucune pression, mais c’est mon objectif. Je veux devenir la Présidente de la compagnie et développer la compagnie à l’international. Présentement, nous avons seulement dix hôtels en République dominicaine. Je veux que l’entreprise prenne de l’expansion. Mon père a 67 ans, et bien qu’il fasse un bon travail, je pense que pour passer à la prochaine étape, on doit être jeune et avoir de l’énergie. C’est là que j’interviens.

As-tu toujours des idées de grandeur? Est-ce que ça te vient de ton éducation?

Je pense bien. Mes parents m’ont toujours encouragée. Si on y pense, mes parents m’ont permis d’installer un kiosque de limonade dans un parc, dans un pays du tiers-monde. Ce n’est pas toujours un contexte sécuritaire, mais ils voulaient m’aider à atteindre mes buts. Ils m’ont toujours soutenue. Ils croient au principe des essais et des erreurs.

Mon père vient de Cuba. Il est parti du pays à douze ans. À Cuba, sa famille avait beaucoup d’argent, mais quand ils sont partis, ils n’avaient pas le droit d’apporter que ce qu’ils avaient sur le dos et une rechange de vêtements. Pas d’argent, pas de bijoux, rien. Ils ont d’abord habité dans des refuges, puis il a commencé à travailler au supermarché comme emballeur. Ensuite, il a travaillé dans un magasin, il est devenu le gérant de ce magasin, puis il a acheté son propre magasin. C’est comme ça qu’il est devenu un chef de file dans le domaine des affaires. C’est à cause de cette situation que nos parents nous ont toujours fait travailler même si nous vivions dans un bon environnement. Nous comprenons la valeur de l’argent et nous ne le tenons pas pour acquis.

Comment définis-tu le succès?

Le succès n’a rien à voir avec l’argent, mais plutôt avec la sérénité et le bonheur qu’on trouve dans ce qu’on fait. Si on fait beaucoup d’argent mais qu’on déteste ce qu’on fait, certaines personnes voient ça comme du succès. Mais nous, nous savons que ce n’est pas le cas. Être heureux et se sentir en paix avec soi-même parce qu’on sait qu’on est au bon endroit au bon moment, c’est ainsi que je définis le succès.

C’est incroyable de penser ainsi à 22 ans. As-tu des conseils à donner aux femmes de carrière qui lisent le blogue?

Bien sûr! Continuez d’étudier et n’abandonnez pas vos rêves. En République dominicaine, plusieurs femmes veulent se marier jeunes, ce qui peut être correct, mais si elles délaissent leur carrière et leur travail pour un homme, je trouve ça problématique. J’ai souvent vu cette situation.

C’est aussi important de devenir autonome pour vous assurer que les hommes vous respectent. Dans ce pays, les hommes ont les mains longues, même dans un contexte professionnel. Vous devez donc être fortes et vous tenir debout afin de tracer une frontière et de donner l’exemple.

Finalement, ASSUMEZ-VOUS. Quand vous entrez dans une pièce, dans une salle de réunion ou dans une classe, vous devez habiter l’espace. Ne laissez aucune place à l’insécurité. Faites-vous confiance. Vous y gagnerez le respect.