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Jugez-moi, que je dorme en paix.

15/02/2016 Nathalie Hébert

Je juge.  Un peu comme tout le monde, sans même m’en apercevoir, je juge; ce grand oncle atteint d’un cancer des poumons qui n’a pas lâché sa cigarette de tous ses traitements de radiothérapie…Cette bonne amie qui multiplie les aventures d’un soir en se plaignant de ne jamais tomber sur le bon gars...Cette collègue de travail insatisfaite de son poids qui boit son pepsi tous les midis…Je les regarde aller et je me dis que…Me semble que…

Juger.  C’est si facile.

Je vous ai raconté, en décembre dernier à quel point j’étais essouflée de mon année.  À quelques heures de Noël, je n’avais toujours pas trouvé le temps de faire mon sapin et les Fêtes m’angoissaient.  J’étais épuisée.

Début janvier, après un temps des Fêtes passé en linge mou, à ne faire absolument rien sauf me lever tard, écouter un nombre incalculable de films sur Netflix et manger n’importe quoi, n’importe quand, j’étais fin prête à entamer l’année 2016 avec ma nouvelle résolution.  CHANGER.

Changer de rythme de vie.  Ralentir.  Prendre du temps pour moi.  Et parce qu’il faut bien commencer quelque part, j’avais décidé de démarrer l’année avec une cure de sommeil.  L’objectif?  En finir avec la fatigue, retrouver la forme et découvrir le nombre d’heures de repos dont a besoin mon corps chaque jour pour se regénérer.

Je savais déjà que la cure serait un véritable défi pour moi car je suis une fille du soir et j’aime me coucher tard. En fait, c’est plutôt qu’après avoir mis les enfants au lit vers vingt heures, après avoir lavé la vaisselle, rangé la maison et plié une ou deux brassée de linge, tout ce dont j’ai envie, c’est de temps pour moi. Pas d’aller me coucher. Ce temps, je l’emprunte sur mon sommeil entre 22h et minuit, en étirant parfois jusqu’à une heure du matin.

Confortablement installée dans mon lit, lovée contre mes oreillers, une tasse de tisane au miel au creux de la main, j’aime prendre le temps de retourner les courriels que j’ai négligés dans la journée.  J’aime passer du temps sur mes médias sociaux. J’aime lire, aussi, mais les livres sont dangereux pour moi, car j’ai tendance à les dévorer jusqu’à la dernière page sans voir la nuit passer.  Il y a Netflix, aussi, mon professeur d’anglais qui me vole de précieuses heures de sommeil…

Selon les chiffres fournis par l’Institut national du sommeil et de la vigilance, un organisme français, nos mauvaises habitudes nous font perdre en moyenne 1h30 de sommeil par jour. Le résultat est une dette de sommeil qui s’accumule. Quant aux conséquences du manque de sommeil, elles sont multiples, tant sur le plan physique que le plan psychique : somnolence, irritabilité, trous de mémoire, baisse de moral, prise de poids, hypertension…

Si le principe d’une cure de sommeil est simple; se coucher plus tôt, pour pouvoir allonger son temps de sommeil et bénéficier d’une nuit de 10 à 12 heures, il n’en demeure pas moins qu’elle exige de revoir complètement notre routine et nos habitudes. Motivée comme dix à l’aube de cette nouvelle expérience, je n’y vois pourtant que des avantages et m’imagine déjà prendre des spas tous les soirs pour décompresser, aller au lit en même temps que mes enfants et me blottir contre eux sans culpabilité, sans me dire que je devrais être en train de plier des vêtements, faire les comptes ou ramasser la maison. J’en suis plus que convaincue, ma cure sommeil sera la meilleure chose qui me sera arrivée depuis longtemps.

Jour 1

18h - Je profite de l’heure du souper pour annoncer à ma tribu, réunie autour de la table, que dorénavant, je me coucherai à l’heure des petits.  Les enfants sont excités.  “Tu vas te coucher en même temps que nous!? Pour vrai?!”  Je confirme.  “Oui, oui, pour vrai!”

19h30 - C’est la catastrophe.  Nous avons envoyé la mauvaise chanson à la maison de disque pour l’impression des albums. Je suis paniquée. Les appels et les courriels se multiplient.  Première chose que je sais, il est 22h30. Je suis complètement passée à côté de l’objectif.

En montant l’escalier vers ma chambre, mon téléphone sonne.  L’un de mes artistes a eu une idée pour un projet et avait le goût de m’en parler.  Mon enthousiasme est équivalent au sien et je me laisse emporter.  On jase jusqu’à 23h. Je me glisse sous les couvertures un peu avant minuit en me disant qu’une chance que mon défi n’est pas une téléréalité parce qu’il y en aurait plusieurs qui riraient de moi.

Les jours suivants s’enchaînent et se ressemblent. C’est un début d’année particulièrement occupé et je suis débordée.  Alors que j’aurais besoin de mes séances de yoga comme jamais, je ne trouve même pas le temps d’y aller.  Je suis un vrai paquet de nerfs. Tous les soirs, je travaille jusqu’à onze heures et parfois minuit.  Et lorsque, par miracle, j’arrive à me mettre au lit avant 22h, dormir m’est impossible.  La cure est un échec.  D’une journée à l’autre et d’une semaine à l’autre je reporte le moment où je débuterai pour de bon.  L’aventure  s’annonce vraiment plus difficile que ce que j’imaginais.

En lisant sur le sujet, j’apprends que la première difficulté, au démarrage de la cure, est de s’endormir plus tôt. Pour cela, on conseille d’éviter, le soir, les repas trop copieux, les excitants (café, thé, vitamine C), les écrans et le travail au lit. On mentionne également que la noirceur joue un rôle déterminant dans la qualité du sommeil et la facilité d’endormissement.  Finalement, il est recommandé de cesser ses activités entre trente et soixante minutes avant d’aller au lit.  

CESSER SES ACTIVITÉS !!?? Je relis la phrase deux fois pour être certaine d’avoir bien lu.  Je ne vois pas du tout comment je pourrais arriver à faire ça.  Tous les jours, je cours ma vie. Je n’ai pas suffisamment de 24 heures dans une journée pour faire tout ce que j’ai à faire.  Non seulement on me demande de dormir plus, mais il faudrait également que je coupe dans le temps qu’il me reste! C’est donc bien compliqué, dormir!

Jugez-moi

À en croire la littérature, je suis la reine des mauvaises habitudes en matière de sommeil. D’abord, chez nous, il n’y a pas de rideaux. Ceux qui passent devant la maison croient sans doute que je viens tout juste d’emménager. Eh bien non. Je suis à la même adresse depuis dix ans. Des rideaux, j’en ai voulu; au début, quand on a déménagé. Les années ont passé. C’est fou comme on s’habitue vite à s’habiller tous les jours pliée en deux, à quatre pattes à côté du lit (oui, vas-y, juge-moi.)

Ensuite, au lit, je consulte mes écrans.  Tous mes écrans; ipad, iphone, ipod, Macbook.  Ils sont omniprésents dans ma chambre à coucher et je dois avouer que j’aime bien ces moments passés à surfer sur le net, à écouter de la musique ou à regarder des films.  Je frémis à l’idée de les bannir de la pièce.

Problème de volonté ?

Ces trente derniers jours, tous les soirs j’ai trouvé une bonne raison pour reporter le début de ma cure et le moment où je changerais vraiment mes habitudes. Plus le mois avançait, plus ma motivation diminuait.  Un mois complet à m’en vouloir, à me faire des reproches et à me trouver poche. J’ai eu beau programmer des alarmes me signalant le moment d’aller au lit, me tourner vers les meilleures applications mobiles telles que Lift, Everest ou encore Way of Life, considérée comme l’application ultime de création d’habitudes, rien n’a fonctionné.  Au bout d’un mois, j’ai du me rendre à l’évidence, j’avais lamentablement échoué et encore une fois, j’étais complètement épuisée.

Pour la première fois de ma vie, je me suis questionnée sur ma capacité à modifier mes comportements et changer mes mauvaises habitudes. Jusque là, j’avais toujours cru que je faisais partie de ces gens qui ont la volonté nécessaire pour changer.  Mais en réalité, qu’avais-je vraiment réussi à changer ces dernières années?  Je suis passée à travers deux grossesses qui m’ont laissée sans surplus de poids, je n’ai pas de penchant pour l’alcool, je n’aime pas le café, je ne mange ni gras, ni salé, je n’écoute pas beaucoup la télévision, et, fort heureusement, je ne fume pas, parce qu’honnêtement, je ne sais pas si j’aurais la capacité et la volonté d’arrêter.

 

À tort, j’ai jugé les gens de mon entourage qui se cantonnaient dans leurs mauvaises habitudes. Juger, c’est si facile.  Changer, beaucoup moins.  J’ai trouvé extrêmement difficile de modifier des comportements ancrés depuis des années.  À plusieurs reprises, je me suis sentie prisonnière d’un cercle vicieux.  

Bien évidemment, je n’ai pas réussi ma cure du sommeil, mais avec du recul, je constate que cette expérience m’a permis de mettre plusieurs choses en place pour me donner une meilleure qualité de vie.  J’ai engagé une nouvelle employée dont je suis plus que satisfaite, j’ai acheté des rideaux (oui, oui!) et avec l’aide de quelques comprimés de mélatonine glissés sous ma langue, d’un loup pour les yeux, de bouchons pour mes oreilles et d’un peu de pratique… j’ai dormi!