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Les fêtes chez les hypersensibles

21/12/2017 Nathalie Courcy

Ce que plusieurs considèrent comme une célébration festive (décorations de Noël, soirées arrosées, activités de plein air, bonnes bouffes…) peut avoir l’air d’un film d’horreur pour les hypersensibles, peu importe leur âge. Imagine le scénario :

Les enfants sont surexcités, tu es brûlée. Déjà là, tu as les nerfs à vif. Un porc-épic émotif.

Ça crie dans la maison. De joie, mais pour toi, ce sont juste des cris. Et des cris, c’est agressant. Ayoye les oreilles. Out, la patience.

À la radio, c’est de la musique de Noël sans arrêt. C’est connu, les chansons de Noël sont toujours dans les extrêmes : trop hop-la-vie-gros-party-on-sort-la-boule-disco ou trop déprimant-je-suis-seule-on-gèle-je-suis-écœurée. Pas de milieu, pas de nuances. J’aimerais bien te dire que ça achève, mais dans quelques jours, ce sera pire : les rigodons du jour de l’An s’en viennent sur leurs grands rennes!

Il faut se dépêcher pour partir dans la parenté. Tu sues ta vie à tout préparer : les bagages, les horsd’œuvre, les manteaux cutes et les manteaux chauds (faut rien oublier!), laver les planchers avant de partir pour la semaine ou pour la nuit, baisser le chauffage, mettre le système d’alarme. Ton hamster intérieur roule à spin et tu ne peux t’empêcher d’angoisser à l’idée que ton plus jeune n’aimera peut-être pas son cadeau, que ta plus vieille sera peut-être bête avec les mononcles ou que tes parents seront peut-être déçus (« vous repartez déjà? »). Patauger dans autant d’émotions, ça use!

Sur la route, de la neige, de la gadoue, des conducteurs impatients, et encore de la musique de Noël. Les enfants qui se chicanent, peut-être. La tension que tu sens à plein cœur. Vous ne vous étiez pas juré que cette année, ce serait un Noël relaxe?

Tu arrives au réveillon. Huit personnes dans l’entrée en même temps. Ça sent la botte mouillée, la fumée de cigarette, un mélange de tourtière trop cuite, de ragoût trop gras, de dinde trop sèche, de gâteau, juste trop de gâteau… et ça parle fort. Mon Dieu que ça parle fort! On se croirait dans un bar en pleines séries éliminatoires.

Un de tes enfants essaie de rentrer dans ton utérus parce qu’il est trop gêné. L’autre se pitche partout, pas moyen de l’arrêter. Tu t’inquiètes déjà pour ta fille qui s’est faufilée vers le sous-sol avec son p’tit chum, dernier ajout à la meute familiale. Mais toi, tu préférerais qu’ils n’en profitent pas pour ajouter un autre petit dernier avant la nouvelle année!

Ton cœur palpite. Tu es contente de revoir ton monde, ça fait si longtemps! Tu valses entre le bonheur de renouer des liens (« Ça fait ben qu’trop longtemps! On devrait se voir plus souvent! ») et la nostalgie des Noëls d’antan (bon… même sans reculer de 100 ans… c’était quand même plus simple quand tu n’avais qu’à te laisser conduire jusqu’au réveillon et que tu pouvais t’endormir dans les manteaux en vison!) Ça tourne, ça tourne dans ta tête, tu as le cœur qui a le tournis!

Tu t’assois. Pas le bon temps pour te mettre à brailler ni pour tomber dans les pommes! Mais déjà, la cousine qui parle trop arrive, un peu pompette. Ou le vieil oncle qui radote. Ou un de tes neveux avec le nez en sang.

Trop de stimuli, trop en même temps. Tu as les papilles gustatives à fleur de peau, le nez irrité de trop d’odeurs, les oreilles en volcans prêts à exploser, les mains qui se liquéfient, la bouche sèche (un peu de vin, ça va aider… Oh! Non! Qui a ajouté de la sauce soya dans ma coupe?), l’estomac qui déborde de sucre et de gras (faut en profiter, n’est-ce pas?). Si en plus, tu tombes dans ta semaine ce soir-là, oublie ça, t’es faite!

Si on se fie à l’équation parent hypersensible = enfant hypersensible, je te gage qu’en plus de gérer ton propre surplus d’émotions, de pensées et de sensations, tu dois aussi naviguer à travers celui de ta marmaille surexcitée, sortie de sa routine, bourrée de sucre et vidée de sommeil, qui vit depuis un mois dans l’anticipation du cadeau de ses rêves et qui vivra peut-être en cette nuit de Noël sa plus grande désillusion : le père Noël, c’est un coup monté! Tu vas jouer à la psy, à la mère Noëlle, à la lutine gentille, et après tout ça, ton chum va vouloir un bisou spécial de la Fée des étoiles en toi après qu’il t’eut zyeutée amoureusement toute la soirée.

Et après, on se demande pourquoi on finit les fêtes sur le c…!