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Trouver le bonheur dans un 3 1/2

19/09/2016 Nathalie Hébert

Je suis assise sur le bord du lit, le visage entre les mains. Tu es assise dans la voiture avec ton père et tu m’attends. Tu pleures, toi aussi.

Nos vacances en Floride sont terminées. Tu as gagné; je n’ai pas tenu trois jours. Vingt-sept heures de route contre trois journées de vacances. On doit bien être les seuls à faire ça.

Épuisée, à bout, les yeux brûlants à force de retenir mes larmes, j’ai lancé dans l’auto tout ce qu’on avait. Pêle-mêle. Comme notre vie.

Visiblement, le bonheur n’est pas ici. Je ne sais même pas comment j’ai pu penser qu’il y serait. Ces derniers mois, le bonheur n’est nulle part. Ni en classe, ni au service de garde, ni à la maison. Comment aie-je pu penser qu’on le trouverait dans un trois et demi ?

En larmes, tu m’as suppliée de rester. J’ai serré les dents encore plus fort, pour ne pas éclater.

Plus tu vieillis, plus c’est difficile de remettre le compteur à zéro. Avant, c’était facile; le bonheur était partout. Avant le TDAH, avant que tes cris et tes crises n’envahissent notre maison, avant que ton anxiété ne donne naissance à des phobies incontrôlables et que ton trouble de l’opposition ne piétine notre relation, il me semble qu’on se pardonnait tout.

Je suis dépassée par ce qui nous arrive, Nellie. J’écoute, je lis, je consulte et j’engage des spécialistes, mais rien ne change. La bête ne se dompte pas.

Tu pleures de désespoir dans la voiture en répétant qu’on ne te comprend pas. Et aussi difficile soit-il de l’admettre, je sais que tu as raison. Ma tête le sait. Mon coeur souffre.

Tu peux sortir de la voiture, Nellie. On ne rentre pas à la maison ce soir. Le bonheur n’y est pas, j’en suis certaine. Le bonheur est quelque part, ici, dans ton coeur. Il suffit de le trouver pour qu’il soit partout.

Je sais que je ne peux pas te changer. Mais peut être que moi, je peux. J’ai tout un été pour essayer.

*  *  *

Ce matin, en regardant Nellie s’éloigner avec sa petite veste et son sac sur le dos, je n’ai pu m’empêcher d’avoir un pincement. L’été est bel et bien derrière nous.

Il y a deux mois, notre famille a pris la décision de quitter le Québec pour l’été. Nos batteries étaient à plat, la patience n’était plus au rendez-vous.

Parce que Nellie déteste les camps de jours et qu’on ne pouvait s’imaginer passer un été à se battre tous les jours avec elle pour qu’elle y aille, on a décidé qu’il n’y en aurait pas cette année. À la place, on a pris les sous, on a fait nos valises, mis la business sur pause et on a mis le cap sur la Floride.

Les premiers jours ont été l’enfer. Impossible de nous imaginer passer tout un été dans ces conditions-là. Au bout de trois jours, repoussés dans nos derniers retranchements, on a du se rendre à l’évidence; malgré toute notre bonne volonté, ça ne fonctionnait pas. Nellie n’était pas heureuse.

L’idée folle m’est venue au dernier moment. En vérité, deux choix s’offraient à nous : quitter ou lâcher prise. Au risque de passer pour de mauvais parents, pour des parents qui abdiquent et qui permettent tout à leurs enfants pour avoir la paix, on a décidé de libérer Nellie des règles habituelles de la maison. D’un commun accord, pour nous offrir un peu de répit et relâcher la tension, on a décidé de ne plus rien lui imposer. Ni repas, ni douche, ni heure de coucher, ni rien. On allait la laisser vivre et l’observer.

Cet été, Nellie, 8 ans, a mangé quand elle avait faim. Elle a bu beaucoup de jus, mangé beaucoup de carottes, de melons d’eau et de craquelins sur le coin de la table et un paquet d’autres trucs qui n’ont pas de bon sens pour le déjeuner. Parce qu’il était hors de question qu’on cuisine des repas juste pour elle, elle a appris comment se servir d’un four à micro-ondes.

Cet été, Nellie a géré ses douches et ses bains. Elle ne s’est pas lavée tous les soirs. Je ne sais même pas si elle s’est lavée toutes les semaines. Volontairement, je n’ai rien compté. Rien surveillé. La seule chose dont je suis certaine, c’est qu’elle passait en moyenne six heures par jour dans la piscine chlorée et que c’est difficile d’être sale quand on passe autant de temps dans l’eau.

Cet été, Nellie s’est couchée tard. Très tard. Parfois même à minuit ou une heure du matin. Elle s’est levée tard, aussi, et on a enfin pu faire la grasse matinée.

Cet été, Nellie a écouté ses vidéos sur YouTube autant qu’elle voulait.

Cet été, Nellie était heureuse. Noah, Sylvain et moi aussi.

Cet été, on a sans doute passé l’un des plus beaux étés de notre vie, entassés les uns sur les autres, dans notre petit trois et demi en Floride.

Jamais je ne me serais imaginé trouver le bonheur avec Nellie dans l’absence de choses. On m’avait toujours vanté l’importance de l’encadrement et de la routine pour les enfants TDAH et je m’étais accrochée à cette idée. C’était avant de réaliser que tout ça ne faisait qu’exacerber son trouble de l’opposition.

Tourner la page de nos vacances sera difficile. Nellie le sait, et moi aussi. L’automne et la rentrée scolaire signifient le retour d’une vie plus encadrée. Malgré moi, je devrai imposer à Nellie un horaire plus serré, des heures de lever et de coucher, prévoir des moments pour les devoirs et les leçons. Je sais à l’avance que ça sera souffrant, tant pour elle que pour nous. Et que ça risque de réveiller la bête.

La différence, c’est que maintenant, on sait comment l’amadouer. Les fins de semaine risquent d’être très libres, chez nous, cet hiver. Et au pire, on sait que quoi qu’il arrive, on retrouvera le bonheur dans notre trois et demi l’été prochain.